Politique | Elections locales et décentralisation au Togo : Quand Faure Gnassingbé surfe sur la naïveté des « chefs traditionnels »

La question des élections locales et de la décentralisation constitue une arrête dans la gorge du pouvoir cinquantenaire RPT/UNIR. Elle a été à l’origine d’une rencontre du chef de l’Etat, Faure GNASSINGBE avec les chefs traditionnels. Le tambourinement de l'opposition togolaise et la pression des partenaires en développement sur ce manquement structurel grave qui plonge le Togo de plus en plus dans l'abîme du sous-développement, semble provoquer un choc dans le mental des dirigeants togolais qui ne savent plus à quel saint se vouer. Ces derniers se mélangent cependant les pédales en initiant des réunions qui ne sont, au fait que de la poudre aux yeux.

Dans leur folklore, les autorités togolaises avec à leur tête le chef de l’Etat, Faure GNASSINGBE, se complaisent dans le ridicule, tant les actes qu’elles posent ressemblent au divertissement. Elles sont bien comparables, ces autorités togolaises aux amuseurs de galerie. En effet, ces derniers jours, le chef de l’Etat, Faure GNASSINGBE s'acharne sur les chefs traditionnels, devenus de véritables pièces de la machine à fraude électorale. A l’analyse des faits, on est tenté de se demander : qu’est-ce qui explique ces réunions du chef de l’Etat avec des «pseudos chefs traditionnels » qui ont sabordé l’essence sinon la valeur sacrée des usus et coutumes du pays ? Est-ce véritablement l’organisation des élections locales comme le chef de l’Etat lui-même l’avait annoncé il y a des années et cela ne s’est jamais concrétisé ? Que cache cette réunion ? De la poudre aux yeux ou une énième démagogie ? Puisque, parlant justement des chefs traditionnels au Togo, ces derniers, à voir les actes qu’ils posent, ne démontrent pas qu’ils sont vraiment des gardiens des usus et coutume. Ils ne le sont que par leur ventre en cautionnant l’immoralité et l’incivisme. Les fraudes électorales sous leur administration en sont les preuves palpables. Le chef de l’Etat s’est-il rendu compte de cette triste réalité ? A-t-il eu la présence d’esprit d’user des pouvoirs à lui conférés par la loi fondamentale togolaise pour régler ces problèmes de chefferie qui opposent les populations à ces derniers, parce que bon nombre d’entre eux ont été imposés par l’administration en violation des textes avant de convier ces derniers à une réunion sur la vie de la Nation ? Puisque le mardi dernier dans son palais, alors que les togolais l'attendaient le moins, le chef de l’Etat Faure GNASSINGBE qui ne parle pratiquement pas beaucoup, comme lui-même l’a confirmé lors de la campagne électorale de la présidentielle d’avril, a parlé. Mais ce dernier a laissé nombre de ces concitoyens sur leur soif. Tant le chef de l’Etat est resté confus dans ses propos parce que n’étant pas arrivé à détailler clairement la feuille de route sanctionnant cette réunion. Tout ce que le peuple sait est qu’il était question des élections locales et la décentralisation. Et le reste ? Que contient la feuille de route ? Quelles ont été les missions confiées à ces chefs traditionnels décriés par leurs administrés dans l’organisation de ces élections locales? Doivent-ils continuer par servir de machine à fraude au pouvoir en place lors de ces élections dont on ne sait quand elles se dérouleront ?

Il urge aujourd’hui de rappeler que ce n’est pas la première fois que le chef de l’Etat se prête à ce jeu, organisant des réunions sur les élections locales sanctionnées par des promesses non tenues. Pour preuve. Déjà dans ses vœux à la Nation togolaise le 31 décembre 2012, le chef de l’Etat Faure GNASSINGBE promettait : « Des élections législatives et des élections locales seront en effet organisées à la fin du premier trimestre. » Nous étions encore en 2012, début d’année 2013. Que s’est-il donc passé pour que cette promesse de la plus haute autorité de l’Etat n’ait pas été concrétisée jusqu’alors ? Et comme il est établi au Togo que les autorités ne rendront pas compte au peuple, personne ne sait pourquoi cette promesse du chef de l’Etat n’a pas été concrétisée. Dans sa ruse, le chef de l’Etat revient à la charge en promettant cette fois-ci au corps diplomatique l’organisation des élections locales le 13 décembre 2013 en ces termes : « La prochaine étape serait l’organisation d’élections locales avec l’approche inclusive et participative, indispensable pour mettre en œuvre une politique de décentralisation. »  Cette nouvelle promesse ne se réalisera jamais. Du moins jusqu’aujourd’hui, les élections locales promises par Faure GNASSINGBE au Corps diplomatique n’ont pas été faites. Le 31 décembre 2013 dans ses vœux à la Nation togolaise, Faure GNASSINGBE déclare de nouveau: « Les locales et la décentralisation font partie des défis majeurs que nous devons relever. » Quand est-ce qu’elles auront lieu ? Mystère sur la date. Un manque de volonté du chef de l’Etat togolais se traduit par le fait qu’il n’arrive pas à situer son peuple par rapport aux nombreuses promesses qu’il fait à ce dernier. Ne dit-on pas qu’ « Un homme ne vaut que par sa parole » ? Ici, il est établi que le non respect de la parole donnée est entré dans les mœurs au Togo puisqu’il est devenu le leitmotiv même de la première personnalité de l’Etat. Quelques années plus tard, ces promesses sont restées lettres mortes. Mais le hic dans tout ça, est que le chef de l’Etat sort de nouveau de sa réserve, sans avoir donné des explications ou présenté ses excuses au peuple comme cela se fait dans des pays dirigés par des hommes politiquement civilisés sur les raisons qui ont fait qu’il n’a pas tenu ses promesses, fait comme si de rien n’était et déclare : «Il n’y a plus aucune raison de ne pas y aller. » C’était le mardi 29 mars dernier à la nouvelle présidence de la République. Doit-on croire cette fois-ci au chef de l’Etat qui a habitué son peuple aux fausses promesses ou aux promesses démagogiques ? La réunion du mardi dernier du chef de l’Etat en compagnie des chefs traditionnels qui n’ont rien de traditionnel que l’immoralité, parce que n’arrivant pas à jouer pleinement leur rôle de gardiens des us et coutumes comme c’est le cas au Bénin, Ghana et Burkina-Faso, offre un spectacle désolant. Lorsque le chef de l’Etat Faure GNASSINGBE affirme sans honte ni remords qu’«Il n’y a plus aucune raison de ne pas y aller », veut-il nous dire que ces promesses antérieures n’étaient que de la poudre aux yeux et qu’il a passé cinq (5) bonnes années à bluffer le peuple ? Le chef de l’Etat n’est pas excusable sur ce point puisque le fait de tourner le peuple en bourrique traduit aujourd’hui son manque de volonté à faire enraciner la démocratie dans le pays et doter le pays d’institutions fortes. La vraie démocratie est celle qui part de la base. Voilà pourquoi il urge que le chef de l’Etat situe clairement les populations sur ses réelles intentions sur les élections locales afin que les localités togolaises soient dotées d’élus locaux, d’hommes et de femmes qui prendront en main la gestion de leurs espaces pour un réel développement à la base.

Que cache cette sortie impromptue du chef de l’Etat ?

Quand on analyse bien les faits, on se rend compte que le pouvoir togolais n’a pas la volonté d’organiser les élections locales même si le reportage de la télévision nationale, au sujet de la rencontre du chef de l’Etat avec les chefs traditionnels relate que les échanges ont tourné seulement autour de l’organisation de ces locales et la décentralisation. Que s’est-il passé pour que subitement le chef de l’Etat revienne sur la question des locales ? Poser le problème de la sorte nous renvoie à l étude du budget exercice 2016 où certains députés de l’opposition ont insisté que soient pris en compte les frais de l’organisation de ces locales. Ce que le commissaire du gouvernement à l’Assemblée Nationale, ce jour avait balayé du revers de main. Et la suite, tout le monde la connait. Le budget a été voté sans la prise en compte de ces frais. Alors que s’est-il passé entre temps puisque le gouvernement avait déjà marqué son refus d’organiser les locales. C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement a du mal à situer les populations. Est-ce la pression de certaines formations politiques notamment l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) et la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) ou des partenaires techniques ou financiers ? La question reste posée. La réunion du chef de l’Etat à la présidence de la République avec les chefs traditionnels, le mardi dernier cache quelque chose sinon tout porte à croire que les gouvernants ne sont pas prêts à organiser ces élections locales. Du moins pas pour le moment. Toutefois, il y a lieu de rappeler les dernières élections locales au Togo remontent à 1987 et depuis lors, les collectivités locales notamment les mairies et préfectures sont dirigées par des « Présidents de délégations spéciales », une monture propre au Togo initiée en 2002. Pour flouer l’opinion publique, une « Loi portant décentralisation » avait été votée en février 1998. Elle a été révisée en 2007 pour devenir « Loi relative à la décentralisation et aux libertés locales ». Elle n’a jamais produit son effet puisque les dirigeants s’obstinent toujours à organiser les élections locales. Les autorités togolaises ont-elles une idée derrière ? Les dés sont-ils déjà pipés  à leur avantage comme cela a été toujours le cas? Ou bien lorgnent-elles les milliards contenus dans l’enveloppe du Millenium Challenge Account (MCA) ? Triste réalité qui interpelle l'opposition togolaise à taire ses divergences et à nettoyer ses verres pour voir clair dans cette opération de charme destructrice en préparation. Le laboratoire RPT-UNIR ne fait rien sans rien. Attention donc !

Idelphonse Akpaki

   31 Mar 2016    by   |                 


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