Politique | Togo ou le règne de l’impunité : Justice pour les compatriotes assassinés

S’il y a un pays au monde où l’impunité est érigée en système de gouvernance au point qu’elle soit devenue une gangrène qui ronge tous les secteurs de la vie, c’est bien le Togo. Ce constat amère, est le fruit des investigations qui ont été menées et qui ont révélé au grand jour que dans ce dans ce petit lopin de terrain rectangulaire de 56.600Km’, tous ceux qui ont été coupables de crimes : assassinats surtout politiques mais aussi viols, vol, détournements de denier public etc…, ont toujours bénéficié d’une protection sans faille de la part des dirigeants du pays. Bien qu’ils soient nuisibles à la société togolaise, ils sont et restent intouchables et ne sont nullement inquiétés parce qu’ils sont dans de bonnes grâces des autorités gouvernementales. Malgré le cri d’alarme des organisations de défense des droits de l’homme, la République du Togo demeure un nid de l’impunité qui s’éternise au gré de ses dirigeants.

Si jusqu’aujourd’hui, les Togolais dans leur grande majorité n’ont pas une idée du vrai assassin du premier président élu de la jeune République du Togo, feu Sylvanus OLYMPIO, le 13 janvier 1963 en avril 2005, c’est parce que, quelque part, les puissances occidentales et les dirigeants nationaux ne l’ont pas voulu. Alors que quelques jours l’odieux et lâche assassinat, un sergent chef de l’armée coloniale en la personne d’Etienne Eyadema GNASSINGBE l’avait revendiqué. « Il pouvait pas rester là-bas. Il y aurait eu des manifestations. Il ne voulait pas bouger. Je l’ai tué », avait laissé entendre le sergent chef Eyadema le 25 janvier 1963, soit douze jours après l’évènement au journal du magazine « Times » sa version de l’assassinat de ce grand homme d’Etat. Et depuis lors, l’assassin qui a publiquement revendiqué son forfait, n’a jamais répondu de son acte ou comparu devant une juridiction. A partir de cet instant, naissait un Togo de tous les paradoxes parce que prenant la place de sa victime, l’assassin a régné pendant trente huit (38) ans sur cet Etat jeune qui venait de naitre. Plusieurs années plus tard, nombreux sont les compatriotes togolais qui ne partagent pas les mêmes convictions politiques que les nouveaux dirigeants ou qui ont été soupçonnés ont été purement et simplement assassinés. Ainsi, de feu Sylvanus OLYMPIO aux militants démocrates assassinés en 1992 à Fréau Jardin par la soldatesque d’Eyadema, en passant par feux : Koffi KONGO, Marc Messan ATIDEPE, Tavio Ayao AMORIN, Gaston EDEH, Mathieu KEGBE, David BRUCE, Djobo BOUKARI et bien d’autres encore inconnus de nous, la liste exhaustive. Jusqu’alors, personne ne connait les vrais auteurs de la plus part de ces compatriotes tués ou disparus sans qu’on ne retrouve leurs corps.

Il y a lieu de préciser en passant que, parmi ces compatriotes assassinés ou disparus, si l’on n’est pas arrivé à connaitre leurs vrais auteurs et commanditaires, l’histoire elle autre, nous renseigne tout de même et révèle au grand que les meurtriers du jeune patriote, panafricain et leader du Parti Panafricaniste (PSP) Tavio Ayao AMORIN, sont connus des populations. Puisque leurs auteurs se sont identifiés par la signature de leur forfait et ont pour noms : KAREWOE et BOUKPESSI. Tous deux agents appartenant à la police nationale togolaise. Ils avaient, dans l’exécution de leur plan machiavélique qui a coûté la vie au jeune politicien, laissé sur le lieu du crime, non seulement leurs armes mais aussi leurs pièces d’identités qui ont permis de les identifier comme étant les présumés assassins de Tavio Ayao AMORIN. Jamais ces deux agents de la police nationale n’ont été inquiétés et n’ont comparu devant aucune juridiction togolaise. Une manière de faire l’apologie du crime et de baliser la voie à la recrudescence de l’impunité dans le pays. Puisque, dans le cas d’espèce, on ne dira pas qu’on ne connait pas les présumés assassins du jeune leader du PSP. Même si après, d’autres sources ont révélé que ce ne sont pas KAREWOE et BOUKPESSI les présumés assassins, la police judicaire et la justice devaient les mettre en examen pour la suite des enquêtes. Rien n’a été fait en ce sens ce qui oriente l’attention des Togolais sur une complicité des dirigeants du pays. Même si le scenario a été conçu ainsi pour détourner l’attention des populations, il faudrait procéder comme la loi l’exige à la mise en examen de KAREWE et de BOUKPESSI. Cela n’a pas été le cas. Et pourtant le Togo est une République qui est régie par des lois. Et une République telle République ne peut en aucun cas fonctionner de la sorte. On a l’impression de vivre dans une jungle où les plus forts dominent et tuent les faibles comme bon leur semble. Pourquoi alors jusqu’aujourd’hui les vrais auteurs de l’assassinat de Tavio Ayao AMORIN au moins ne sont pas connus des populations togolaises ? A l’analyse des faits, c’est parce qu’il y a vraisemblablement une accointance, une complicité entre les auteurs de ce forfait et les tenants du pouvoir. Si tel n’est pas le cas, que les dirigeants actuels rendent justice à Tavio Ayao AMORIN et à tous ces compatriotes togolais fauchés par les mains obscures de la tyrannie de feu le général Eyadema. En ne le faisant pas, on est en droit de dire que le système n’ayant pas changé, les crimes continueront de plus belle et leurs auteurs vivront dans une impunité totale. Alors que dire de la succession au pouvoir !

L’impunité, un héritage de père en fils

Il a juste suffit que le père rende l’âme pour qu’on ait une idée de son remplaçant. Tel père, tel fils, dirons-nous ? Ou bien « lui, c’est lui. Moi, c’est moi », l’accepterions-nous bêtement tout en sachant que les choses n’ont pas du tout changé ? En avril 2005 et plus précisément le 5 février 2005, le père décéda. Les Forces Armées Togolaises (FAT) fidèles à ce dernier, en toute violation de la loi fondamentale en vigueur en son article 65, décida de remplacer le fils par le défunt père pour achever son mandat. La démarche n’a pas été appréciée des populations qui ont exprimé leur mécontentement à travers de nombreuses manifestations dans la capitale surtout et dans certaines grandes villes. Le point culminant de ces manifestations fut celle du 26 avril 2005 où à la suite de la proclamation des résultats frauduleux par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) dirigée à l’époque par une certaine Kissem Tchangaï WALLA, le fils prenant le pouvoir, avait fait un bain de sang. Les populations se sont insurgées contre cet état de chose. Le bilan des manifestations de cette contestation contre l’imposition du nouveau chef d’Etat est lourd. Une centaine de milliers de personnes, selon les organisations nationales de défense des droits de l’homme et une centaine, selon le système des Nations-Unies. Des enquêtes menées par cette organisation internationale ont été sanctionnées par un rapport rendu public, mettant en cause les forces de sécurité et de défense qui ont fait comme d’habitude, un usage très excessif de la violence sur les populations faisant des pertes en vies humaines. Quand bien même la responsabilité de ces morts a été clairement établie et imputée pour la grande partie aux forces de sécurité et de défense, aucune action n’a été menée pour que celles-ci répondent de leurs actes ou soient soumises à la rigueur de la loi. Les recommandations formulées à l’encontre de ces bourreaux sont rangées au tiroir et quelques agents mis en cause promus quelques moments plus tard par la haute hiérarchie. Ainsi va le Togo. Tout ceci se passa sous l’œil goguenard de la communauté internationale qui ne dit rien. Un silence coupable qui rime à une caution aux auteurs et commanditaires des crimes, violences et barbaries que traverse le pays.

Le règne du fils augurera ainsi d’autres victimes à part celles qui ont été faites quand prenait le pouvoir. Le cas de l’homme politique togolais Joachim Atsutsè AGBOBLI retrouvé mort le 15 août 2008 sur la plage de Lomé, est révélateur. La présence des hématomes retrouvés sur son corps en sont les preuves des tortures qui lui ont été infligées avant son assassinat. Des enquêtes qui ont été ouvertes depuis lors par les dirigeants togolais n’ont jamais abouti jusqu’alors. La famille ne sait jusqu’alors les causes réelles de son décès. A part Joachim Atsutsè AGBOBLI, il faut relever le cas de deux élèves adolescents assassinés par les forces de sécurité à Dapaong au Nord du Togo lors d’une manifestation des élèves qui revendiquaient leur droit à l’éducation. Il s’agit donc d’Anselme SINANDARE 12 ans, assassiné le 15 avril 2013et de Douti SINANLINGUE 21 ans décédé quelques jours plus tard des suites des coups de matraques. Dans sa ruse, les autorités gouvernementales avaient allégué sans honte ni remords que c’est un tir de sommation qui avait fauché Anselme SINANDARE 12 ans à l’abdomen. Une allégation vite démentie par le médecin légiste, qui dans son rapport sur les causes du décès du jeune adolescent a balayé de revers de la main les arguments farfelus avancés par le ministre de la sécurité. Dans ce cas aussi, les services du ministre de la sécurité ont encore ouvert des enquêtes qui n’aboutiront jamais à situer les responsabilités des assassins d’Anselme SINANDARE. Il en est de même pour Doui SINANLINGUE 21 ans. Quelques années plus tard, les populations et surtout la famille des deux élèves adolescents attendent toujours les résultats de ces enquêtes qui ne tombent jamais.

Le cas Etienne YAKANOU, militant de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) est aussi patent et élucide bien une complicité des dirigeants togolais dans le meurtre de certains de leurs concitoyens. Le fait d’ouvrir des enquêtes sans rendre compte, confirme bien aussi cette complicité et une protection tacite aux auteurs et commanditaires des assassinats et commis dans le pays. Sinon les assassins des élèves adolescents de Dapaong et ceux d’Etienne YAKANOU, décédé dans des conditions imputables à certains officiers de la gendarmerie, suffisent à établir un lien entre les dirigeants du pays et les auteurs des crimes et assassinats. Même en cherchant à se dédouaner de des crimes perpétrés sous leur règne, les autorités togolaises n’arriveront jamais et se soustraire de la paternité de ses crimes puisque la constitution togolaise en son article 13 dispose : « L'Etat a l'obligation de garantir l'intégrité physique et morale, la vie et la sécurité de toute personne vivant sur le territoire national. ». Qui sont ceux qui ont pu volontairement donner la mort aux compatriotes togolais innocents ? Il est que justice soit faite à tous ces fils et filles togolais assassinés. Il est temps que les autorités togolaises livrent les bourreaux des nombreux crimes, assassinats et atrocités à la justice pour qu’ils répondent de leurs actes. Refuser de le faire, rime à une complicité dans le mal entre les dirigeants et les auteurs des forfaitures. A qui donc profite le crime ?

Idelphonse Akpaki

 

   06 Mar 2016    by   |                 


Dans la même rubrique