Politique | LIBRE COMMENTAIRE D’UN PRETRE A PROPOS DU MESSAGE DES EVEQUES:

Suite à la publication de la déclaration des Evêques du Togo en faveur des réformes politiques, la rédaction de « LA GAZETTE DU TOGO » a réussi à recueillir une réaction sous forme de commentaire à chaud d’un prêtre catholique sur ladite déclaration. Il s’agit du Rp Kossi M.

LIBRE COMMENTAIRE D’UN PRETRE A PROPOS DU MESSAGE DES EVEQUES:

Ils ont toujours écrit. Les évêques du Togo sur la situation sociopolitique du Togo mais leur message de ce jour 17 Septembre 2017 retient une attention particulière pour le ton , la manière et la prise de conscience plus aigüe qui transparaissent à sa lecture. Le ton est gravissime comme pour refléter l’extrême gravité de la crise sociopolitique de ces jours-ci; la manière est originale et incisive car la séance est synchronisée dans toutes les cathédrales du pays et le message diffusé en “direct mondial” grâce à “Radio Maria” et aux réseaux sociaux. Cette “nouveauté” dans la communication a aussi connu une belle technique en direction des populations sensibilisées au préalable sur l’évènement et le tout dans un contexte de prière où la solennité de l’heure disposait les cœurs à plus d’écoute.
Le message livré par la Conférence Episcopale du Togo (CET)  se trouve principalement dans le texte lu par Mgr Denis et signé par tous les Evêques actifs (7) et émérites (3) mais l’on ne doit pas perdre de vue l’interview préalable de Radio Maria à Mgr Barigah chargé des questions de Justice en Paix et aussi l’autre, plus court, à Mgr Denis à la fin de la séance de prière à la cathédrale de Lomé. Ce fut donc un seul message livré en plus endroits mais avec le même objectif.


Comme premières réactions à chaud, je soulignerais les aspects suivants:
1- Le passage biblique introductif au message des Evêques:


Tiré du prophète Ezechiel (Ezéchiel 33,7-9), ces versets sont extrêmement intentionnels. Dans la situation qui est la nôtre actuellement au pays, les Evêques se voient dans leur mission gravissime de sentinelles interpellées et averties qui ne peuvent en aucun cas dérober à leur tâche si dure, si pénible, si dangereuse qu’elle puisse leur paraitre. Il s’agit d’un devoir de vérité et de courage au méchant pour qu’il cesse de commettre le crime, les abominations, l’injustice et autres méfaits que Dieu condamne sans équivoque.


Si on connait bien les sentinelles, qu’en est-il du méchant auquel Dieu envoie ses messagers, les Evêques, qu’il avertit aussi du danger qu’ils courent eux-mêmes en se laissant vaincre par la peur et faillir à leur mission? Personne n’est cité nommément dans le texte lu en direct de la cathédrale de Lomé mais aussi à Sokodé, Kara etc... Mais il n’est pas difficile de penser que sont directement visées les plus hautes autorités du pays. A elles donc s’adresse principalement cet avertissement à “échapper à la mort” et l’appel pressant à une conversion sincère en faisant désormais ce qui est bien, noble, vrai, juste et véritablement humain!


2-  Un accent et une insistance particulières sur les reformes:


La préoccupation numéro 1 des Evêques est les reformes et au centre de celles-ci la Constitution de 1992 telle que le demande le peuple sorti massivement dans les rues ces derniers temps. Si la paix est toujours un souci pour ces pasteurs, la question des reformes semble, actuellement, même plus urgente et plus pressante car précisent-ils, sans elles “La paix est impossible”. C’est pourquoi, ils organisent “une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles” et “La Conférence des Evêques du Togo attache une importance particulière à ces réformes sans lesquelles il est impossible de ramener la paix et la cohésion sociale dans notre Pays”.


3- A qui incombe la responsabilité numéro 1 de ces reformes?


Le discours habituel qu’on entend est que la responsabilité incombe à toute la classe politique, gouvernement et opposition. On a aussi coutume de dire qu’il faut un dialogue, un consensus (On sait déjà la longue liste de ces dialogues entre acteurs politiques!); le peuple togolais est aussi au courant des faux-fuyants, des dribles et des fausses promesses dont les dirigeants semblent souvent faire montre pour retarder, diviser et passer à autres choses pour ne pas affronter la crise politique profonde. On sait comment les uns et les autres se jettent le tort et la situation ne fait que pourrir. Mais aujourd’hui, devant leurs fidèles et le reste des populations togolaises, les Evêques semblent avoir mis le doigt dans la plaie et designer en des termes très clairs ( pour qui veut voir et écouter) que la responsabilité première et lourde des reformes constitutionnelles concernant l’impérieux retour à la Constitution de 1992 telle que demandée par le peuple est des “Plus hautes autorités du pays”; comme pour dire qu’il suffit à ces hautes autorités du pays de vouloir effectivement faire ces reformes et elles se feront sans tarder et sans aucun problème. C’est d’ailleurs pour ces hautes autorités que les chrétiens sont spécialement invités à prier: “Son objectif est d’implorer la lumière de l’Esprit Saint sur les plus hautes Autorités de notre Pays afin qu’elles opèrent urgemment les réformes demandées par le peuple conformément à la Constitution de 1992”. Il est clair que le terme “les plus hautes autorités du pays” se réfère au Chef de l’Etat en tout premier lieu, puis au premier ministre et son gouvernement, au Président de l’Assemble nationale … Le peuple est donc autorisé à penser que si les reformes tardent à se concrétiser, les auteurs de ce retard et même du blocage sont à chercher prioritairement du coté de ces hautes autorités!
Il faut noter que dans une brève interview à Mgr Denis sur les ondes de la Radio Maria à la fin de la séance de prière, l’Archevêque de Lomé, a fait savoir que le peuple togolais a été même “trop tolérant” car ces reformes auraient dû être mises en œuvre depuis…


4- Forces de l’ordre et de sécurité interpellées; animateurs des institutions recadrés:


Le message des Evêques n’a pas du tout passé sous silence la violence excessive et barbare exercée par l’armée, la police et la gendarmerie sur les populations lors des dernières manifestations réclamant le retour à la Constitution de 1992. L’on se souvient des images des forces de l’ordre et de sécurité à bord de leurs véhicules foncer sur les manifestants tombant dans des ravins ou les tabassant et jetant certains d’entre eux comme des lapins dans leurs véhicules; l’on a vu aussi d’autres corps habillés faisant irruption brutale dans des maisons de citoyens semant confusion , panique et humiliant ceux qui s’y trouvaient; quant aux gaz lacrymogènes arrosant les manifestants et non-manifestants, cela est devenu comme une pratique à laquelle certains d’entre eux s’adonnent sans gène ou remord. Les arrestations et répressions semblent être toujours des pratiques courantes, indiquent nos Evêques. Ce sont tous des actes que nos prélats condamnent sévèrement et sans demi-mot n’hésitant pas à parler de déshonneur infligé par eux aux corps de leur appartenance et à leur foi (rappelons que bon nombre de ces corps habillés s’exhibent chrétiens!).


Pour la première fois de manière encore plus explicite et directe, les Evêques rappellent l’armée togolaise à son statut et devoir républicains de neutralité et donc de non-immixtion dans le débat politique. L’armée ne doit pas être au service d’un individu ou groupe d’individus comme cela est malheureusement de coutume depuis des années au Togo. Elle ne doit pas soutenir un camp. Au contraire, elle doit demeurer au service du peuple. A dire les choses comme elles sont, le régime qui gouverne au Togo s’appuie fortement sur l’armée depuis des années. C’est mauvais, dénoncent une nouvelle fois, les Prélats togolais.


Quant aux animateurs des institutions de la République se pavanant sur nos routes dans des manifestations politiques pro-pouvoir, il leur est carrément demandé d’ « éviter d’afficher publiquement leur appartenance politique ». C’est donc aberrant de voir un premier ministre et tout son gouvernement ou un président de l’Assemblée Nationale par exemple défiler dans les rues comme ce spectacle inédit et ignominieux servi au peuple et au monde entier ce mardi 29 août 2017.
5- Pleine solidarité envers le peuple invité aussi à la responsabilité:


Le présent message des Evêques montre une plus grande solidarité de l’Eglise avec le peuple qui se bat pour les reformes. Interrogé de savoir de quel coté se situe l’Eglise Mgr Barrigah répond sans détour : “Nous sommes du coté du peuple” trouvant d’ailleurs légitime ses revendications nobles et démocratiques. Le devoir de vérité et d’interpellation de tous, oblige aussi les Evêques à dire au peuple de ne pas tomber dans le piège de la violence et haine ethnique. Appel est donc lancé aussi aux réseaux sociaux de se montrer responsables.


Une nouvelle ère semble se dessiner pour l’Eglise dans sa mission de sentinelle pour dénoncer et annoncer, accompagner et sensibiliser ses croyants et les autres citoyens non seulement à la prière mais aussi à l’action pour le salut du Togo!


Dieu bénisse la Patrie Togo!
Père Kossi M

   18 Sep 2017    by idelphonse Akpaki  |                 


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