Sociale | Se trouver un logement moyen à Lomé : Pas de sous, bonjour les humiliations et arnaques

Se loger décemment depuis quelques temps à Lomé, est devenu un luxe. Les Togolais ne disposant pas d’importants moyens financiers restent jusqu’alors les victimes de ces agents immobiliers-démarcheurs- véreux et des propriétaires de maison qui mettent très haute la barre pour le paiement d’une caution.

 

Sylvain, la vingtaine et comptable de formation, est très inquiet. Il discute avec l’agent immobilier, qui semble ne pas trop se déranger pour  lui trouver un logement. Jeune cadre de son état, Sylvain vient de décrocher son premier emploi après presque un an de stage non payé. Et il  ne veut plus vivre avec ses parents. Depuis déjà deux semaines, il est à la recherche d’un logement. Mais ses chances d’en trouver s’amoindrissent. Le quartier qu’il désire habiter ne regorge plus  assez de chambres en location. Les rares maisons à louer qui y restent sont hors du prix qu’il veut: 18.000 à 40.000 F CFA à débourser tous les 30 jours. Et pourtant, l’agent immobilier lui avait donné seulement une semaine pour résoudre son problème. Mais l’attente s’annonce plus longue que prévu. Pour un jeune employé comme lui, un logement de deux pièces à 15.000F CFA le mois lui ferait sûrement l’affaire. Mais voila qu’il ne peut s’offrir une telle “habitation”, puisqu’il n’est pas à même de payer un an de caution, soit 180.000F CFA. Alors, plus question de dépenser en ces temps de vie chère plus de 1.000F CFA par jour pour le transport. Voilà quelques malheureuses réalités qui traduisent le vécu quotidien d’un jeune cadre togolais.

Des agents immobiliers véreux

« No pity in business » ! Cette fameuse phrase anglo-saxonne semble être bien ancrée dans la tête de tous ceux qui s’adonnent aux affaires et particulièrement de ceux que les Togolais aiment communément appeler « Démarcheurs ». Les diatribes à leur endroit fusent de partout. Ils ne font pas l’unanimité au sein de la population, du moins le  lot des chercheurs de chambre à louer. Pour la plupart de ces demandeurs de chambre, ces « Démarcheurs » passent pour des escrocs.
« Les démarcheurs ne sont pas sérieux », confie Angèle Djato, étudiante. Etablie à Lomé - après plusieurs années passées à Kpalimé- dans l’espoir de poursuivre ses études supérieures, elle a eu à faire face au crucial problème de logement et à la malhonnêteté des démarcheurs. « Quand je suis arrivée à Lomé, je résidais chez mon oncle à Akodéséwa, en attendant de trouver un logement près du campus. J’ai donc, grâce à un ami à mon oncle, fait la connaissance d’un démarcheur qui prétendait avoir un studio à sa disposition et qu’il fallait payer 2.000FCFA pour le droit de visite. Nous l’avons d’ailleurs payé avant la visite en question. Mais depuis ce temps, il refuse de nous présenter au propriétaire sans toutefois donner des arguments convaincants », s’alarme la jeune étudiante. Ulcérée par l’attitude du démarcheur, elle décida de se renseigner auprès de certaines revendeuses installées à côté du “chercheur de chambres”. Sa surprise sera très grande quand elle apprendra que les 2.000F CFA réclamés par le « Démarcheur » font partie d’une panoplie de ruses utilisées par ce dernier pour se faire de  l’argent !!!
D’autres “chercheurs de chambre” n’hésitent pas à augmenter les  frais de loyer, en se faisant passer pour les vrais propriétaires des habitations à louer. Face donc à la mauvaise réputation dont ils jouissent, certains de ces démarcheurs se réclament précurseurs de cette profession au Togo. Pour eux, le message est clair. Pas question de les confondre à ces « gens sans scrupules, des arnaqueurs qui ne connaissent rien de ce métier et qui n’ont pour souci que de gagner facilement de l’argent ». Sous couvert de l’anonymat, l’un d’entre eux rencontré au quartier Bè, explique comment il travaille. « Le droit de visite s’élève à 2.000F CFA . En plus de cela, nous percevons systématiquement un mois de loyer ».

La loi de l’offre et de la demande s’applique à merveille.
Point n’est besoin de faire forcément de longues études pour comprendre  que la finalité du capitalisme est d’engranger le maximum de bénéfices. Les propriétaires de chambres à louer appliquent à merveille les règles capitalistes à Lomé ! Quand la demande est supérieure à l’offre, les prix augmentent. Face donc au besoin important de logements dans la capitale togolaise, c’est plus le premier venu qui est servi, mais surtout le plus offrant.
Alors, le Togolais moyen ne disposant pas de domicile dans la ville de Lomé, n’aspire plus à des logements décents, puisque n’ayant pas les moyens de se procurer un logis propre et surtout à moindre coût. Autrefois, il fallait, pour mettre la main sur une chambre, payer 3 à 6 mois de caution. Mais aujourd’hui, avec l’urbanisation anarchique et l’augmentation de la population de Lomé, la donne a changé. Certains propriétaires demandent désormais 1 à 2 ans  de caution !! Seuls les plus nantis et les étrangers arrivent à tirer leurs épingles du jeu. Incapables de débourser facilement de telles sommes qui représentent parfois 6 ou 1 an de salaire pour beaucoup, nombre de Togolais sont exaspérés devant le phénomène, et appellent du coup le gouvernement à leur venir en aide… Avant que la situation n’empire.


Le gouvernement rassure mais n’agit pas


Pour pallier au problème de logement au Togo, les autorités togolaises avaient pourtant annoncé la construction, depuis 2008, de « logements sociaux ». Ils devraient permettre aux  Togolais moyens qui ont du mal à se loger et qui sont le plus souvent victimes des intempéries de s’offrir une habitation décente.

Depuis ce moment, le projet est toujours à la phase pilote. Mais les Togolais qui aspirent à se loger convenablement devraient encore attendre quelques années pour voir les premiers logements sociaux sortir de terre. C’est le propre des autorités gouvernementales togolaises qui font des promesses mais qui ont du mal à les réaliser. Des fois ces promesses deviennent des démagogies qui plongent encore plus les populations dans le désarroi comme c’est le cas avec la construction des logements sociaux. D’ailleurs l’achat de ces logements n’est pas à la portée de tout le monde vu que les prix de ces logements varient entre 7 et17 millions de francs CFA. Comment donc un ouvrier qui gagne par exemple le SMIG qui est de 35.000F CFA au Togo pourra-t-il s’offrir un logement à ce coût ? La question reste posée. Mais en attendant, les Togolais « chercheurs de chambres à louer” devront encore contenir leur colère et se contenter des logis bon marché dont la qualité reste à désirer…

Daniel ADDEH

   21 Feb 2016    by   |                 


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