Politique | ENTRE GESTION D’UN PAYS ET SATISFACTION DE LA DIPLOMATIE Faure Gnassingbé prend la CEDEAO, le Togo prend de l’eau

Depuis le dimanche 5 juin, Faure Gnassingbé, président de la République du Togo a été porté à la tête de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) par ses collègues des quinze (15) autres pays. Si ce choix consacré par acclamation constitue une récompense d’une diplomatie budgétivore pratiquée par le Togo, tel que le soutiennent certains observateurs, il contraste malheureusement avec une mauvaise gouvernance à travers laquelle le pays est sacrifié et exposé à des fléaux dévastateurs tels que : l’avancée de la mer, l’érosion côtière, l’inondation, la pauvreté, la misère ambiante… Face à cette pitoyable situation, le quotidien du togolais lambda est mis à rude épreuve, remettant ainsi en cause, la capacité de chef de l’Etat à assurer convenablement la présidence de cette institution sous-régionale.

«Il faut balayer sa chambre avant de balayer la cour », dit l’adage populaire africain. Cet adage semble bien illustrer la farce qui se joue à la tête de la CEDEAO, avec la présidence de Faure Gnassingbé. Très curieux de comprendre les réelles motivations qui ont conduit les chefs d’Etat de la CEDEAO à porter leur choix sur un dirigeant en perpétuel conflit avec les principes fondamentaux de la démocratie, principes que promeuvent la CEDEAO en matière économique, politique, sociale, bonne gouvernance...

Les populations togolaises ont du mal à comprendre les facteurs qui ont concouru à ce choix. Beaucoup de raisons expliquent ce doute, notamment le refus de l’homme d’opérer les réformes qui s’imposent afin de poser les bases de la démocratie au Togo. La culture à outrance de l’impunité, la promotion du pillage systématique des ressources du pays par une minorité que lui-même a indiqué sans appréhender un seul pilleur, la culture de la gérontocratie avec le retour aux affaires des vieux barrons qui ont passé plusieurs années avec son défunt père…

Quand le contraste s’invita

Au moment où Faure Gnassingbé prend la présidence de la CEDEAO, pour l’avoir longtemps cherché, y compris avec de grands moyens et du lobbying, le Togo est la proie de tous les fléaux, surtout avec les pluies diluviennes qui s’abattent ces temps-ci sur le pays. L’avancée vertigineuse de la mer qui a pratiquement avaler la ville d’Aného, l’inondation des quartiers du centre ville reconnus très impropres, le cas des quartiers : Gbadago, Adakpamé, Kagomé, Kanyikopé pour ne citer que ces quartiers, une problématique de la santé publique avec des hôpitaux devenus de véritables mouroirs notamment le Centre Hospitalier Universitaire Sylvanus Olympio (CHU–SO).

Dimanche dernier, les populations de la ville d’Aného se sont réveillées dans les eaux glaciales de la mer qui leur a rendu visite dans son débordement. Un avertissement de l’océan qui est pratiquement en train d’achever la ville d’Aného qui compte déjà deux routes englouties dans la mer. Cette situation désespérée a encore accentué les cris de détresse des populations de cette ville historique qui est en train de partir avec une partie importante de l’histoire sociopolitique et culturelle du Togo. Malheureusement, ils ont beau crié, Faure Gnassingbé et son gouvernement reste sourd-muet, assistant stériles à la détresse de ces populations noyées avec leurs biens immobiliers et matériels.

Parlant des vieux quartiers de la capitale, notamment Gbadago, il suffit d’une fine pluie pour rendre impraticables les routes, rues et ruelles de Lomé. A plus forte raison ces pluies torrentielles qui ont raison des nouvelles routes construites et surtout celles en construction à coût de milliards de francs cfa. De nos jours, il est difficile de parler de Gbadago sans faire mention de l’insalubrité grandissante, de l’inondation, des maladies diarrhéiques, du paludisme… Les populations de ce quartier, à l’instar de leurs concitoyennes d’autres localités sont vulnérables à ces maladies qui les déciment. Dans les différentes enquêtes que ce soient celles menées à l’initiative de services étatiques ou celles établies par des organisations non gouvernementales, ces quartiers sont reconnus comme étant des zones non seulement marécageuses et inondables, mais aussi vulnérables aux maux identitaires notamment le choléra. Le cas de Gbadagbo est très préoccupant, surtout avec le géant dépotoir érigé aux abords des rails avec un étang à cotés sans passer sous silence les caniveaux ouverts qui bornent les pavés de Gbossimé à Tokoin Séminaire. Ce qui explique la forte présence de mouches qui envahissent les ménages. Difficile d’emprunter ces pavés de Gbossimé sans cracher, tenir le nez ou vomir.

Ces tristes réalités qui ne sont nullement des inventions ne peuvent en aucun cas permettre aux togolais d’applaudir à une présidence de Faure Gnassingbé à la tête de la CEDEAO. Même s’il y a des choses à reprocher aux populations, il faut reconnaitre et admettre la démission de ce régime cinquantenaire qui n’a plus rien à donner ni proposer aux togolais. Se réjouir de la présidence de la CEDEAO au moment où le pays prend de l’eau est une pure hypocrisie qui ne peut tromper personne. Ce qui amène à conclure que la CEDEAO est plus lourde et le sera pour Faure Gnassingbé, du moment où 56600 Km2 lui sont insaisissables.              

Hanchelle ABONYUIE

 

 

 

 

   15 Jun 2017    by   |                 


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