Culture | Problème de la chefferie traditionnelle au Togo : Quand Payadowa Boukpessi cautionne le préfet Sena Adossi pour détrôner le clan SIABI

Le ministre Payadowa Boukpessi a joué un mauvais rôle en apportant son soutien au préfet dans le détrônement du clan SIABI du fauteuil du canton de Kovié (zio). C’est ce qu’il faut retenir de la décision sanctionnant l’intronisation du chef dans le canton de kovié. En effet, depuis longtemps, la question de succession ou de nomination de chefs traditionnels, est sujet à polémique dans la plupart des localités togolaises du fait du caractère aussi bien politique que corruptif que la chefferie traditionnelle a prise au Togo. Cette situation ne cesse de se perpétuer et affecte dangereusement nombre de localités. Depuis la semaine dernière, la nomination en conseil des ministres du nouveau chef canton de Kovié en lieu et place du vrai héritier, avec la complicité de certains cadres de la localité et du ministre de l’administration territoriale, fait grincer les dents aux populations de Kovié qui est sur le pied de guerre. Une situation qui crée depuis lors un climat de tension dans ladite localité où bientôt on verra des familles s’affronter.

Cérémonie de libation intronisant le chef choisi par les sages de la localité

Les faits remontent donc à 2009, suite à la mort de Togbui Adjonyo Koffi Siabi III, chef canton de Kovié. Depuis lors, le trône connait un véritable problème de succession. Hormis le clan Siabi, détenteur du trône originel, deux autres clans réclament maladroitement la paternité dudit trône par l'appui malintentionné du préfet de Zio, Adossi Kossi Séna, soutenu dans ses basses manœuvres par certains cadres de la localité. Ces derniers jours, la situation s'est envenimée. On assiste à une tension entre les différents clans qui se disputent le trône royal de Kovié. La tension est, en effet montée et quelques actes sporadiques de violence se font déjà signalés avec pour point de fixation, le jour de la remise du décret de reconnaissance. "Nous n'accepterons pas du tous cette injustice. Cela ne s'est jamais passé dans ce canton depuis que je suis né" a laissé entendre le chef d'un village de Kovié qui a préféré garder l'anonymat. ''Nous attendons le jour de l'intronisation pour montrer au préfet que notre canton a une histoire qui mérite d’être respectée'', martèle Léon un jeune étudiant de Kovié.

D’après nos investigations, des manifestations sont en vue pour protester contre cette injustice créée par la décision du conseil des ministres du 22 juin 2016, annonçant à travers un communiqué, la reconnaissance de Togbui Kossivi Kossi-Zavon Modjro IV, comme chef canton de Kovié, contrairement à l’histoire de ce canton qui n’a jamais connu de chef de la lignée des Mondjro. Il n’y a jamais eu un Modjro I, II ou encore III comme veulent l’imposer, ces imposteurs. Cette scène qui avilie l’histoire de tout un peuple est orchestrée et entretenue par le préfet de Zio, Adossi Kossi Séna, connu pour ses dérives. Il est soutenu par de malhonnêtes fils de la localité, tapis dans l’ombre qui, pour des fins partisanes, empêchent le vrai héritier d’accéder au trône, ceci pour l’éloigner de ce statut de chef canton qui lui permettrait de dénoncer l’accaparement et le détournement des fonds destinés au développement de Kovié par ces imposteurs. En effet, ce digne héritier serait au courant du détournement de plusieurs projets de développement en faveur dudit canton. Alors pour l’empêcher de jouir de ce qu’il y a lieu de qualifier ici de son droit, il est écarté juste parce que ses détracteurs ont peur qu’ils ne leur règlent le compte une fois accédé au trône.

Le chef choisi par lessages de la localité est celui vêtu en blanc

La chefferie traditionnelle quoiqu'on dise, repose sur des principes logiques traditionnels conformément à l'organisation interne de chaque peuple, tribu ou clan. Nul ne saurait changer les pages de l’histoire d'un peuple, juste pour satisfaire des intérêts personnels ou partisans. Malheureusement, le Togo est un cas d’école, c’est-à-dire un meilleur élève qui brille par sa compétence de tronquer l’histoire des communautés, voire du pays tout entier. Ce qui explique l’imposition de chefs traditionnels aux différentes communautés, malgré la détermination des collectivités locales. Même si ce comportement absurde provoque des tensions dans les localités qui en font les frais, ces imposteurs ne se découragent toujours pas. Ils excellent dans leur forfaiture. Le cas kovié en est un exemple bien palpable parmi tant d’autres.

Nécessité de remonter le cours de l’histoire du Trône royal de Kovié

Le village de Kovié à l'époque coloniale faisait partie intégrante du canton de Mission-Tové dans la préfecture de Zio. La reconnaissance officielle du trône royal dudit village est à mettre à l'actif du commandant du cercle, Shlechtwen qui avait à l'époque, intronisé officiellement Togbui Siabi Ier   comme chef du village de Kovié. A sa mort, son fils Gbologa Siabi II lui succéda. Ce qui a coïncidé avec le départ des allemands et l'arrivée des français au Togo, pendant la première guerre mondiale. Une situation bien connue de tous, grâce au cours d'histoire. Ce changement brusque avait eu des fortunes diverses aussi bien au niveau de l'administration coloniale que de la chefferie traditionnelle par rapport à l'accueil favorable ou non de la nouvelle administration française qui voulait mettre à la tête des peuples, leurs hommes de confiances. Rappelons aussi qu'entre l'héritier du trône Gbologa Siabi II et l'administration française, ce n'était pas la bonne ambiance. Pour cause, le village de Kovié collectait moins de noix de palme, de Karité, de caoutchouc....qui étaient en quelques sortes les matières premières de l'époque. C’est ainsi que Siabi Gbologa II fut détrôné vers 1950 pour insuffisance de collectes, tout comme beaucoup d’autres chefs de villages. Ils ont tous connu ce triste sort au Togo sous l'administration française. Pour le village de Kovié, l'administration française placera Modjro comme chef, en remplacement de Gbologa Siabi II. L'élection de Sanvi de Tové le 27 avril 1958, à l'Assemblée Nationale va influencer de nouveau le trône royal de Kovié, avec la nomination par simple écrit sous forme d'arrêté en 1959, du sous- chef Saba comme chef de Kovié, à titre de récompense à ce quartier qui était le fief de Sanvi de Tové, mettant ainsi fin au règne de Modjro. En 1963, le renversement du gouvernement de Sylvanus Olympio entrainera l'annulation de tous les arrêtés de 1959, et donc celui nommant le sous-chef Saba. Ce revirement de situation va permettre à Modjro de revendiquer de nouveau le trône royal de Kovié. Avec son âge avancé, c'est son fils Kossi Zavon qui en bénéficiera et règnera jusqu'en 1975.

Le clan Modjro, adeptes de faux et usage de faux

La reconnaissance de Togbui Kossivi Kossi-Zavon Modjro IV frise le ridicule à tel enseigne que l'on s'interroge sur la soi-disant enquête de moralité qui a abouti à cette mascarade. Comment peut-on saper la morale au détriment des intérêts personnels? Loin d'en vouloir à qui que ce soit, ce choix relève purement du sophisme et ne respecte aucune règle ni procédure coutumier. Pour preuve, pas de procès verbal donnant l’accord des chefs et notables des villages et quartiers, pas d'initiation par le conseil coutumier… et n'a pas fait objet d'appréciation de la présidence de la chefferie traditionnelle du Togo. A Cela, l'on estime clairement que cette reconnaissance est purement politique et intéressée et non coutumier. Selon nos investigations, Togbui Modjro serait de moralité douteuse et ses actes aussi têtus restent gravés dans les mémoires des populations de Kovié. Celles-ci accusent Togbui Modjro de plusieurs actes indignes d’un garant des us et coutumes. Très remonté, les populations de Kovié, ont, à travers leur agissement, forcé cet imposteur à prendre la clé des champs à l'arrivée des colons allemands en 1910, surtout qu’il ne méritait pas le trône. Son fils Kossi Zavon, pour avoir trafiqué les identités et empruntes digitales de son notable, Alavi Gonyo du quartier Séva d'alors pour détourner 6150 f, s’est aussi montré indigne vis-à-vis des qualités intrinsèques d’une personne qui doit incarner une chefferie. Ce qui montre à suffisance la malhonnêteté de ce clan. Ces actes que l'on qualifie de malhonnête ont eu pour conséquences, la destitution immédiate de ce dernier par le ministre de l'intérieur d'alors. Face à ces dérapages et gangstérismes claniques assoiffés du trône dont fait preuve cette famille, les différentes administrations qui se sont succédées ne se sont jamais accordés à faire confiance aux générations issues de ce clan. Aujourd'hui cette reconnaissance par l'autorité est assimilable à une farce, face à la sérieuse question de responsabilité surtout celle de la chefferie traditionnelle. Ce qui relance le débat autour de la problématique des élections locales qui font jaser les politiques ces derniers temps.

 

La restitution du trône originel

Après la destitution immédiate de Togbui Kossi Zavon, le ministre de l'intérieur d'alors avait demandé au sage Alavi Gonyo d'être régent du trône royal du village de Kovié. Ce que le sage refusa mais, proposa sagement la restitution du trône au clan Siabi, qui en est légataire. Ce qui va faire taire toutes les querelles liées à la chefferie dans le village de Kovié. C’est ainsi que Togbui Adjonyo Koffi Siabi III fut choisi conformément à l'avis favorable des notables et personnes ressources et fut intronisé le 30 décembre 1976 comme chef du village de Kovié, mettant ainsi fin aux querelles puériles. A son intronisation Kovié était, comme nous l'avions souligné plus haut, un village du canton de Mission-Tové. Dynamique, imperturbable et rompu à la tâche, Togbui Adjonyo Koffi Siabi III, en collaboration avec les sages vont rapidement ériger les 19 agglomérations en villages. Avec son sens d'anticipation, il réussit à dresser un rapport convainquant à la circonscription administrative qui à son tour, transmettra sa demande au ministère de l'intérieur puis par la suite à l'Assemblée Nationale pour étude. Sans tarder, Kovié devint alors canton le 04 Avril 1991 et sera porté à la tête de ce canton par la signature d'un procès verbal des 19 chefs de villages, de quartiers et notables. C'est par la suite que sera remis à Togbui Adjonyo Koffi Siabi III, le 29 septembre 2001, le décret N° 98-083/PR, portant reconnaissance de ce dernier comme chef canton de Kovié. C’était au cours d’une grande cérémonie tenue à EPC Kovié-centre. A sa mort en 2009, la succession a du mal à se réaliser malgré tout le rituel de succession fait par le conseil coutumier à l’héritier, Togbui Adjonyo Kossi Sylvain Siabi IV, avant l'enterrement de Togbui Adjonyo Koffi Siabi III. Malheureusement, les vieux démons ont refait surface. Une main noire téléguide sème la pagaille pour faire passer le temps afin de parvenir à inverser la tendance et remettre le trône au clan Modjro.

Après 33 ans de règne de Togbui Adjonyo Koffi Siabi III, il est sans doute clair que le sieur kossivi Kossi-Zavon Modjro soit instrumentalisé par une main noire qui bénéficierait d'un appui conséquent d'un certains gang de l'administration publique pour opérer de nouveau cette forfaiture. Malgré toutes les tractations allant dans le bon sens, le ministre Payadowa Boukpessi a balayé de revers de mains les réalités du milieu pour ne s’accrocher aux faussetés d’une bande de profiteurs, d’arrivistes et de satrapes. L’autorité n'a pas cherché le nœud du problème avant de se prononcer pour qu’une telle décision ne soit prise au conseil des ministres. Et c’est aussi une autre cause non négligeable de ce sal feuilleton qu’il a finalement contribué à reconnaitre un imposteur comme chef canton de Kovié. Une deuxième contorsion du préfet Adossi après celle du canton d'Adangbé. Encore un foyer de tension que les autorités viennent de créer.

Nous y reviendrons....

Aliou NATCHABA

   29 Jun 2016    by idelphonse Akpaki  |                 


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