Politique | Urgence dans la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles au Togo

Les principaux responsables de l’opposition togolaise, en l’occurrence ceux réunis au sein de Combat pour l’Alternance Politique en 2015 (CAP 2015), appuyés par d’autres responsables de formations politiques telles que : « Les Démocrates », ainsi que certains dirigeants d’organisations de la société civile, des droits de l’homme et de la diaspora togolaise et tous ces citoyens togolais épris de paix, de justice et d’alternance, ont manifesté dans les rues de la capitale togolaise, Lomé ce samedi 21 mai 2016.

Emmener les autorités togolaises à procéder à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles telles que prévues par l’Accord Politique Global (APG) signé le 20 août 2006, est la raison principale qui sous-tend la manifestation dans les rues de Lomé des responsables, militants et sympathisants de l’opposition togolaise ce samedi. Cet appel lancé par les responsables de Combat pour l’Alternance Politique en 2015 (CAP 2015) a ainsi été entendu, en témoigne le nombre de ces fils et filles togolais épris de justice, de paix et d’alternance, qui ont pris d’assaut le point de départ (Bè-Kodjindji), lieu de départ de la marche de protestation. En tête de peloton, se trouve le chef de file de l’opposition togolaise et leader de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Jean-Pierre FABRE. A ses côtés, se trouvait la présidente de CAP 2015 et Secrétaire générale de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) Brigitte Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON, les présidents du Parti Socialiste pour le Renouveau (PSR), Prof Komi WOLOU, de l’UDS-Togo E. HOUNKALI, et celui de « Les Démocrates », Nicodème HABIA. Outre ces responsables politiques, il faut aussi signaler la présence de certains responsables d’organisations de la société civile, des droits de l’homme et un représentant de la diaspora togolaise. 

La marche a ainsi débuté à Bè-Kodjindji, a drainé une grande foule qui a sillonné les grandes artères de la capitale aux sons, cris et chants révolutionnaires jusqu’au point de chute. Mais durant tout le trajet, des slogans hostiles au pouvoir en place ont aussi fusé de la foule. Dans la foulée, des jeunes manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles l’on pouvait lire : « Pouvoir RPT/UNIR, nous exigeons la tenue d’un dialogue politique pour les réformes », « Les Togolais réclament les réformes », « La diaspora réclame les réformes », « Togo égale à chantiers à durée élastique », « Le peuple exige les résultats des enquêtes promises », « Corps habillés, tes problèmes, sont nos problèmes. » Sur le parcours, la présence des forces de sécurité et d’ordre était aussi visible à certains points stratégiques. Ce qui non seulement a irritait quelquefois les manifestants. Mais c’est une occasion au chairman Francis Pedro AMUZUN de leur fait savoir que cette lutte, est commune et les concerne aussi en tant que citoyens d’un Togo qui court à la dérive et où les plus forts écrasent tous les jours les faibles. « Vous aussi, cette lutte vous concerne parce que vos conditions de vie et de travail seront améliorées à travers la mise en œuvre de ces réformes-là », a-t-il martelé à leur endroit. Sans incident donc, la marche de protestation a abouti à la plage de Lomé, en face de l’ancienne présidence de la République où attendait une foule impacte. Un grand meeting d’informations a alors débuté.

Les différentes interventions du meeting d’informations

Elles ont été surtout centrées sur l’entêtement du pouvoir en place à mettre en œuvre les réformes politiques, en l’occurrence celles constitutionnelles et institutionnelles en vue de doter le pays d’institutions fortes. Tour à tour, les différents intervenants ont fait ressortir le caractère du non respect de la parole donnée, des lois et accords qui caractérisent le pouvoir en place au Togo. Et c’est le responsable à la communication de CAP 2015, Eric DUPUY a fait la lecture de la déclaration au nom de ce regroupement politique qui exige la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles. A sa suite, la présidente du groupe parlementaire ANC à l’Assemblée Nationale, Me Isabelle Manavi AMEGANVI a exposé à la foule le travail des députés de l’ANC et les difficultés auxquels ils font face. Elle a axé son intervention sur trois (3) points. D’abord sur le choix des membres à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) conformément à la loi portant statut de l’opposition. Ensuite sur les élections locales. Sur ce point Me AMEGANVI a relevé les plans machiavéliques orchestrés par le régime en place pour leur soumettre un découpage électoral taillé sur mesure dont la finalité repose sur la politique de deux poids deux mesures devenue système de gouvernance. Elle a enfin fait cas de deux projets de loi envoyés au parlement qui ont trait à la décentralisation. Sur ce point, la présidente du groupe parlementaire ANC a affirmé sans ambages : « Ce régime ne changera jamais. C’est cela que nous disons que UNIR n’est pas différent du RPT. C’est les mêmes », a-t-elle indiqué.

Le président du PSR, le Prof Komi WOLOU a dit qu’il est fâché en voyant comment les choses se passent dans le pays. Mais, s’est-il calmé en se fondant en des questionnements. « Quel étudiant peut-il accepter que le président qui gouverne le pays, soit celui-là qui ne respecte pas les lois et ses concitoyens ? Ou quel ministre peut-il accepter que le gouvernement dont il est membre, qu’il soit collaborateur d’un président qui ne respecte rien ? Ou quel est ce militaire qui voudrait servir un pays dans lequel le président de la République ne respecte personne et ne respecte rien ? Quelle est cette mère de famille qui voudrait être dans un pays dans lequel le président de la République ne respecte pas les institutions et ne respecte personne ? Je voudrais dire tout simplement que ça concerne tout le monde », a-t-indiqué tout en colère. L’homme de droit s’offusque devant le refus du président de la république du Togo de déclarer ses avoirs et biens comme le lui recommande les dispositions de l’article 145 de la constitution togolaise. « Regardez le président TALON du Bénin, n’a-t-il pas déclaré ses biens ? Et le nôtre alors ? », a martelé le Prof Komi WOLOU et puis d’ajouter très sèchement : « Il n’y a que des Togolais pour changer la situation du Togo. »

La présidente de CAP 2015 et Secrétaire générale de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) Brigitte Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON, s’est, quant à elle appesantie sur la lettre pastorale des Evêques du Togo. A en croire cette dernière, les pasteurs et Imams sont d’avis avec les termes de ladite lettre pastorale des prélats du Togo. Brigitte Kafui ADJAMAGBO-JOHNSON est revenue sur certains points saillants de cette lettre pastorale, à savoir l’éveil des populations togolaises. Elle a mis un accent sur le sens de la politique telle qu’expliquée par les Evêques. « La politique, c’est l’affaire de tout le monde et non des dirigeants et des acteurs de partis politique », a-t-elle expliqué. Elle a par ailleurs effleuré le point touchant la limitation des mandats présidentiels et celui de la justice en faisant allusion aux propos du chef de l’Etat ayant trait minorité qui s’accapare des richesses du pays.

C’est le chef de file de l’opposition et leader de l’ANC, Jean-Pierre FABRE qui a clôturé la série des interventions. Il a remercié Dieu et tous sont qui ont répondu nombreux à l’appel de CAP 2015. Puis, il s’est prononcé sur la nécessité pour le pouvoir en place de procéder à la mise en œuvre de ces réformes. « C’est d’ailleurs pour cela que j’ai adressé une lettre au chef de l’Etat lui rappelant la nécessité de la mise en œuvre de ces réformes. La réponse à ma réponse, c’est la signature du décret du chef de file de l’opposition », a laissé entendre Jean-Pierre FABRE. Il a poursuivi son discours en revenant lui aussi comme ses prédécesseurs sur la lettre pastorale épiscopale où il s’est appesanti sur deux points fondamentaux : la minorité qui s’accapare des richesses du pays au détriment de la grande majorité qui végète dans la misère et la pauvreté aussi sur l’affaire des incendies des marchés du Togo. Sur le premier point concernant cette minorité qui se sucre sur le dos des Togolais, Jean-Pierre FABRE a laissé entendre qu’il ne sert à rien que le chef de cette minorité vienne bourrer les oreilles aux Togolais. « Celui qui parle, c’est lui-même le chef de la minorité qui pille les richesses du pays », a-t-il affirmé. Abordant ensuite l’affaire des incendies des marchés du Togo, le leader de l’ANC a mis à nu les dysfonctionnements et les incongruités qui ont émaillé ce dossier. « Ils sont en train de rêver et on verra jusqu’où ils iront avec ce rêve », a indiqué Jean-Pierre FABRE. Pour que tout cela n’advienne pas et cesse les drives de ce pouvoir, explique Jean-Pierre FABRE, il faut que le peuple se lève et prenne son destin en mains. Il a lancé un appel à la mobilisation générale parce que, estime-t-il, personne ne viendra le faire à la place des Togolais. Il a convié les populations à une prochaine manifestation prévue pour le 4 juin prochain.

Devoir de mémoire : L’APG, le seul compromis et contrat social sacrifié par le pouvoir RPT-UNIR

L’APG est, et reste le seul compromis politique qui a reçu l’aval de tous les acteurs de la classe politique tant du pouvoir que l’opposition. Il est signé « dans le but de consolider la démocratie, la réconciliation nationale et la paix sociale ». Mais onze (11 ans) après sa signature, les principales clauses dudit Accord sont restées lettres mortes sinon, mises en veilleuse par les autorités gouvernementales togolaises qui sont censées les mettre en œuvre dans un esprit consensuel comme le souligne le point 3.1 : « Les parties prenantes au Dialogue s’engagent à poursuivre toutes les réformes visant à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Les parties prenantes au Dialogue s’accordent pour que le gouvernement d’Union nationale engage les réformes dans un esprit de large consensus ». Sur les points justement des réformes, l’APG est formel en son point 3.2 : « Ces réformes porteront sur les questions d’intérêt national suivantes : Les parties prenantes au Dialogue national engagent le gouvernement à étudier les propositions de révision constitutionnelle notamment : le régime politique, la nomination, les prérogatives du premier ministre, les conditions d’éligibilité du Président de la République, la durée et la limitation du mandat présidentiel, l’institution d’un Sénat, la réforme de la Cour Constitutionnelle. Le gouvernement prendra en charge ces propositions pour la prochaine législature. » Où se trouve donc la sincérité des dirigeants togolais qui n’ont aucun respect pour ce peuple ? Napoléon III met en garde ces genres de dirigeants en ces termes : « Malheur aux souverains dont les intérêts ne sont pas liés à ceux de la Nation. »

Idelphonse Akpaki

   21 May 2016    by idelphonse Akpaki  |                 


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