Politique | Vers l’ouverture des assises dans l’affaire des incendies des marchés du Togo

Trois ans (3) après la rocambolesque affaire des incendies des marchés du Togo, les enquêtes viennent d’être bouclées. Le dossier, y compris les présumés auteurs gardés en détention pendant 3 ans, en violation des dispositions de l’article 18 de la constitution togolaise ainsi que toutes les personnes dont les inculpations ont été maintenues, sont enfin renvoyés devant la Cour d’Assises. Pour éclairer l’opinion publique sur le sujet, deux colosses de l’opposition togolaise qui comparaitront devant ces Assises, si elles devaient se tenir, étaient devant la presse ce jeudi 19 mai 2016 à Brother Home. Jean-Pierre FABRE et Zeus Ata Messan AJAVON, respectivement Président National de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) et ancien Coordonnateur du Collectif « Sauvons le Togo » (CST) ont tour à tour relevé les manquements et dysfonctionnements qui continuent d’entacher ledit dossier et dénoncé la violation dans les procédures enclenchées jusqu’aux Assises.

« J’ai le cuir épais. Ça me fait ni chaud ni froid. Je suis sur la trajectoire et j’avance. Rien ne me fait peur », a répondu le Président National de l’ANC, Jean-Pierre FABRE à un journaliste lorsque ce dernier lui posa la question de savoir, après l’avoir écouté s’il n’a pas peur d’être envoyé en prison. Pour la circonstance, le chef de file de l’opposition togolaise Jean-Pierre FABRE a déclaré qu’il tient à souligner et dénoncer ce qu’il qualifie de « grande constante dans cette affaire d’incendies, qui demeure la violation de l’homme dont sont victimes, à divers degrés, les personnes détenues aussi bien que celles inculpées et placées sous contrôle judiciaire. » Pour Jean-Pierre FABRE, le contenu de l’ordonnance qui les renvoie devant la Cour d’Assises « n’est qu’un tissu d’incohérence et d’incongruité ne résistant à aucune analyse sérieuse ». « Toutes les allégations mentionnées sont cousues e fil blanc. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une machination abominable, échafaudée dans le seul but d’éliminer un adversaire politique sérieux, en l’occurrence le leader de l’ANC, en travestissant les faits, en maquillant la réalité », a-t-il martelé.

Allant dans le même sens que leader de l’ANC, l’ancien Coordonnateur national du CST, Zeus Ata Messan AJAVON, après avoir relevé les manquements dans la procédure, a révélé que « le dossier est vide et est comparable à un compte de fée.» Offense a été faite au règlement en envoyant les inculpés à la Cour d’Assises, précise Me AJAVON. A en croire le professeur du droit, c’est le Procureur général qui doit saisir la chambre d’accusations de la Cour d’Appel qui nous appellera un à un pour nous notifier la charge pèse sur nous et nous renvoyer devant la cour d’Assises. Ce qui n’a pas été le cas, relève Me AJAVON qui affirme qu’après avoir parcouru ce qui a été dit sur lui, il s’est rendu compte de ce que cela n’est qu’un tissu de mensonge. « Il a été dit sur moi que : de l’inculpé AJAVON Ata Messan qui nie les faits et fait la diversion en prétendant connaitre les vrais auteurs des incendies. Je vais vous dire qu’à aucun moment je n’ai que je connais les auteurs. Le CST a envoyé un mémorandum et c’est le CST qui a envoyé un mémorandum en citant les auteurs », Le coordonnateur du CST révèle à l’assistance ce qu’il a dit lors de son audition devant le doyen des juges d’instructions en ces termes : « On m’a demandé pourquoi je ne me suis pas présenté au médecin psychiatre pour savoir si j’ai la tête en place. Et j’ai dit, je refuse parce que cela constitue une vaste comédie à laquelle je ne saurais souscris. En me présentant au médecin psychiatre, c’est comme si je participais à cette comédie-là. Je refuse.(…) Si le CST a planifié et financé les incendies, pourquoi je suis le seul au sein du CST  à être inculpé aujourd’hui? (…) En dehors de l’ANC qu’on veut abattre, c’est évident. On veut ma peau, à moi », a-t-il indiqué avec force. Le chef de file de l’opposition revient ensuite à la charge : « Le siège de l’ANC, qui n’a jamais servi de lieu de réunion du CST n’a pu abriter une quelconque réunion de planification des incendies, laquelle planification n’a du reste, jamais existé. De plus, à ce jour, le Président de l’ANC n’a aménagé aucun au siège de l’ANC », a laissé entendre Jean-Pierre FABRE. Aux dires de ce dernier, il est de mettre fin aux dérives inacceptables. « Les dirigeants de l’ANC et du CST, n’ont rien à voir – mais alors absolument rien à voir – avec les incendies des marchés de Kara et de Lomé », a-t-il martelé.

Même son de cloche chez Me Zeus Ata Messan AJAVON : «Au juge d’instruction, j’ai dit plutôt et je le répète que le chef de l’Etat Faure GNASSINGBE lui-même connait les auteurs. C’est ce que j’ai dit et qui a été inscrit lors de mon interrogatoire. J’ai dit également et je le répète que le ministre de la sécurité connait les auteurs. J’ai dit également et je le répète que le Procureur de la République connait les auteurs », a-t-il laissé entendre tout furieux et d’ajouter : « Le pire scenario, c’est qu’on dise que vous n’alliez pas aux Assises et qu’on sache jamais qui a brûlé les marchés. Qu’on dise que tout le monde est blanchi parce que je peux vous affirmer, rassurer qu’à un stade de l’instruction, on voulait un non lieu à tout le monde et libérer tout le monde. (…) Mais m’envoyez à la Cour d’Assises, ce n’est pas le plus difficile pour moi. C’est le meilleur pour moi pour faire éclater la vérité. Ceux qu’ils ont gardé, ce sont ceux qui n’ont pas la langue dans leur poche. Ceux qui n’ont peur de rien. C’est ceux qui peuvent éclater la vérité. Il faut qu’on connaisse la vérité sur les incendies. Qui a brûlé les marchés ? il faut qu’on le connaisse parce que ce qui s’est passé, ce document-là, c’est une injure aux Togolais ? Qu’on dise que Jean-Pierre FABRE et moi avions brûlé ce marché est une injure aux femmes de ce marché. C’est une injure aux femmes et aux commerçants qui ont eu toute leur vie détruite par les incendies. Et je suis content pour participer ce jugement. Lorsqu’on sera aux Assises, on verra. »

En clôturant son intervention, le leader de l’ANC a fait savoir, à la suite du Coordonnateur du CST que plus de trois (3) ans après, les véritables auteurs de ce qu’il appelle « crime inqualifiable » courent toujours tandis que des innocents croupissent en prison, malades, du fait des mauvais traitements subis. «  Notre camarade Etienne YAKANOU est mort pendant qu’il était en détention à la gendarmerie. Plusieurs dirigeants dont moi-même demeurent toujours arbitrairement inculpés et certains contraints en exil. Dans l’intérêt de la justice, de l’apaisement sociopolitique et la paix, le gouvernement togolais devrait se ressaisir pour mettre fin à cette tragédie ubuesque », a-t-il préconisé. Pour en arriver là, Jean-Pierre FABRE compte sur la détermination des populations togolaises qu’il interpelle à se mobiliser derrière eux pour faire triompher la vérité dans cette sordide affaire où les victimes sont considérées comme des bourreaux pendant que les bourreaux sont libre de tout mouvement et courent les rues sans être inquiétés.

Idelphonse Akpaki

   19 May 2016    by   |                 


Dans la même rubrique