Politique | Les vérités de Mgr Philippe Fanoko KPODZRO

Faisant l’historique de ses quarante(40) ans d’ordination épiscopale, l’Archevêque émérite de Lomé, Mgr Philippe Fanoko KPODZRO a saisi l’occasion pour restituer la vérité dans l’histoire togolaise. L’ancien président de la Conférence Nationale Souveraine et du Haut Conseil de la République (HCR), organe législatif durant la transition n’a pas mâché ses mots. Découvrons une fois encore le franc parlé Mgr Philippe Fanoko KPODZRO à travers ce passage tiré de son intervention du lundi 2 mai dernier :

« Pour moi, la célébration de ces 40 ans de mon épiscopat, est comme le symbole de la formation satisfaisante par Dieu du peuple togolais dans sa marche au désert pour entrer finalement dans la terre promise. La lettre pastorale que les Evêques viennent de publier dans les circonstances de cette célébration jubilaire, est une invite de Dieu au peuple togolais à entrer finalement dans la terre promise de Canaan. Oui, soyons tous responsables dans la justice et la vérité. Les Evêques ont tout dit. Il reste seulement la collaboration de tous les citoyens à tous les niveaux. Depuis le niveau du chef de l’Etat jusqu’au niveau du dernier citoyen. Mettons en pratique les points essentiels soulignés par la Conférence des Evêques. C’est la voix de Dieu qui nous interpelle et quand nous aurons obéir, on entrera tous dans la terre promise. C’est-à-dire, nous n’aurons plus besoin d’une autre Nation pour venir nous entrainer, nous endoctriner. Nous aurons compris de nous-mêmes que Dieu nous a aidés. Il nous a aimés pendant 40 ans. Il nous a supposés pendant 40 ans. 40 ans pour Lui, c’est le maximum. Il ne reste qu’à nous introduire dans la terre promise. Le chef de l’Etat et les responsables politiques à tous les niveaux sont interpellés pour faire entrer définitivement dans une démocratie vraie par le respect, l’amour et la vie, la mise en pratique désintéressée de la constitution qui est la clé de voûte suprême du bien commun. Tous les citoyens sont tenus d’être responsables dans la justice et la vérité. C’est moyennant cet effort de justice et de vérité de tous les citoyens que le peuple togolais entrera dans la terre promise. Dit n’a pas dit qu’on n’échouerait, la nuit a été longue mais le jour vient. (chant : il n’a pas dit que tu coulerais, il n’a pas dit que tu sombrerais). Peuple togolais, n’endurcissons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur et répondons positivement à son invitation pour entrer enfin dans la terre promise. Finalement et attention. Je vais faire encore deux petites observations : concernant deux éléments du bien commun. D’abord, notre belle hymne nationale. C’est une hymne formidable où nous nous mettons sous le regard et la protection de Dieu Lui-même. On la proclame et où nous nous mobilisons pour faire de notre pays le Togo, l’or de l’humanité. Et cela suscite beaucoup de jalousie contre nous. Mais on ne change pas. Il y a une seule phrase où j’aimerais qu’on apporte une meilleure modification. C’est-à-dire nous disons : au lieu de « vainquons ou mourons mais dans la dignité ». Cette phrase, « vainquons ou mourons ». Elle a été écrite au moment où nous luttions contre l’ennemi, le colonisateur. Et beaucoup on versé de leur sang avec dignité. Mais, depuis que nous avons acquis l’indépendance, et que nous-mêmes, nos frères sont au pouvoir, je préfère que nous disions : « vainquons et vivons dans la dignité ». Voilà. (chant….). Le Togolais, frère togolais ne doit pas verser le sang d’un autre frère togolais. Terminé. Vainquons et vivons dans la dignité et construisons notre pays. Je préfère sensibiliser la base avant d’en parler aux autorités. Quand la base est convaincue et je voie qu’elle est convaincue parce qu’elle m’a bien applaudi. « Vainquons et vivons dans la dignité ». Deuxième observation. Elle est plus compliquée. Il s’agit du second élément du bien commun qu’est le monument de l’indépendance. Le monument de l’indépendance est merveilleux. Dans le creux de ce monument, on voit un homme qui lutte. Qui fait effort pour s’affranchir de toutes contraintes, de tout obstacle. C’est merveilleux. Le peuple togolais de toute l’Afrique est celui qui a commencé la lutte pour l’indépendance. Et cela est bien représenté par cet homme-là dans le creux ainsi. Mais il a devant lui, une femme qui tient un vase presque sur la tête. Ce vase ne peut pas être un autre vase que le vase d’une libation. La libation est l’élément culturel togolais. Ce peuple de paix. Et quand les occasions se présentent ou bien les aïeux ou leurs « Tchami » qui font la libation au nom de tous les peuples, et dans les familles, c’est les femmes qui apportent l’eau pour la paix. Et bien pour notre Nation, lorsqu’on a représenté l’homme qui fait effort pour se libérer, on a placé comme aide pour l’apaiser, le soutenir, une femme avec un vase de libation aux fesses. Alors, une autre culture qui nous a séduits afin que, au lieu de respecter le vase avec l’eau fraiche, c’est là dedans dans ce vase qu’on met le carburant pour allumer le feu de l’indépendance. Vous voyez l’anomalie. Le feu ! Les femmes ne font pas le feu. Elles font le feu pour la cuisine. Mais elles n’allument pas le feu pour le combat et rendent l’homme vainqueur. Non !. C’est pourquoi je recommanderai aux autorités, à qui de droit, cela leur sera parvenu qu’on fabrique une espèce de colonne à côté de ce monument. Une colonne terminée par un vase creux dans lequel on mettra le carburant pour allumer le feu de l’indépendance. Voilà. Ainsi, les prières que nous ferons à Dieu pour demander la paix, ces prières-là aurons un sens concrètement lorsque toute la Nation se mobilise avec son chef de l’Etat en tête, pour allumer le feu de l’indépendance en respectant l’eau de la libation que nos aïeux ont déposé, ont suggéré aux sculpteurs qui a fait une œuvre merveilleuse. Mais l’interprétation a été erronée. Aujourd’hui donc, je restitue cela à la vérité et demande que les autorités s’en souviennent et prennent des dispositions pour que nous soyons fiers de notre monument national où l’homme lutte, la femme apaise et la victoire est proclamée par une main sur une scelle où brule le feu de l’indépendance et de la victoire. Amen ! »

Propos transcris par Idelphonse Akpaki

   03 May 2016    by   |                 


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