Culture | 2 mai 1976 – 2 mai 2016 Mgr Philippe Fanoko KPODZRO rend grâce au Seigneur pour ses 40 ans de vie épiscopale

Quarante ans dans la vie d’un être humain et de surcroit un religieux a tout le mérite d’être célébré en signe d’action de grâce au Seigneur. C’est ce que Monseigneur (Mgr) Philippe Fanoko KPODZRO, Archevêque émérite de Lomé a fait hier lundi 2 mai 2016, en organisant une messe d’action de grâce au Seigneur pour ses 40 ans d’ordination épiscopale. Messe qu’il a présidée lui-même concélébrée par deux autres Evêques. Pour la circonstance, la chapelle était bondée de religieux et religieuses ainsi qu’une foule de fidèles chrétiens venus prier avec le prélat. C’est cette paroisse d’ailleurs, Saint Augustin d’Amoutivé, qui a abrité le 2 mai 1976 la cérémonie de consécration épiscopale il y a 40 ans. C’est également une occasion pour Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, en tant que digne et loyal serviteur de la Nation togolaise de rétablir une partie de l’histoire togolaise. « Pour moi, la célébration de ces 40 ans de mon épiscopat, est comme le symbole de la formation satisfaisante par Dieu du peuple togolais dans sa marche au désert pour entrer finalement dans la terre promise », a-t-il laissé entendre.

A 86 ans, Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, Archevêque émérite de Lomé à la démarche rassurante, la voix toujours posée, tient encore debout sur ses deux pieds malgré quelques traits de vieillissement physiques. Deuxième (2e)Evêque du diocèse d’Atakpamé après Mgr Bernard Ogouki ATAKPA et troisième (3e) Archevêque de Lomé après Messeigneurs Strebler et Robert Casimir Tonyui DOSSEH, Mgr Philippe Fanoko KPODZRO a été ordonné Evêque le 2 mai 2016 à l’Eglise Saint Augustin d’Amoutivé de Lomé. Pour mémoire, la cérémonie de son ordination épiscopale a été tourmentée par quelques incidents mais le nouveau pasteur de l’Eglise famille de Dieu du diocèse d’Atakpamé, homme vertueux et pondéré, choisi et appelé par la le Seigneur a pu bénéficier de cette grâce divine. Malgré tout, il a été ordonné. Le pasteur lui-même en témoigne en ces termes : « A la fin de la célébration eucharistique dans la tourmente, le Cardinal Paul ZOUNGRANA a dit que Mgr KPODZRO est né à l’épiscopat par césarienne. Mais que le bébé est gros. Il savait ce qu’il disait. ».

A en croire le nouvel Evêque lui-même, neuf Archevêques et Evêques prirent part à son ordination épiscopale. Elle a été présidée par le Cardinal Paul ZOUNGRANA, Archevêque de Ouagadougou. Ordonné Evêque, Mgr Philippe Fanoko KPODZRO a dirigé l’église famille de Dieu d’Atakpamé durant seize ans (16 ans), c’est dire de 1976 à 1992. Il succéda quelques années plus tard à feu Mgr Robert Casimir Tonyui DOSSEH, Archevêque de Lomé et dirigea également pendant 15 ans l’église famille de Dieu de Lomé. Il fut remplacé le 15 août 2007 par l’actuel Archevêque de Lomé, Mgr Denis Komivi AMOUZOU-DJAKPA. Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, dans sa vie religieuse a laissé des traces. D’abord son amour pour la Vierge Marie, Mère de Seigneur et Sauveur du monde. « C’est pratiquement la Vierge Marie qui a pu modeler en moi, la grâce de l’Episcopat », a témoigné l’Archevêque émérite. Il ajoute : « Je me suis recommandé à la Vierge Marie, la Mater Miseridiae, Mère de miséricorde. Tant de fois invoquée au Collège de la propagande quand j’étais malade à Rome et à qui je demandai le jour de mon ordination presbytérale, cinq années de vie sacerdotale seulement. Mais vie immaculée sur cette terre. Elle a su heureusement fort bien corriger auprès de son Fils, mon arithmétique puérile et m’a obtenu des grâces au-delà de mes attentes. » Dans sa reconnaissance filiale et pour marquer sa grande dévotion à la Vierge Marie, pour toutes les faveurs extraordinaires reçues, Mgr KPODZRO inventa lui aussi comme certains Saints ou Pères dans la foi, la devise suivante qu’adoptent les Sœurs de la Trinité : « Par Marie, la gloire de la Trinité. » L’Archevêque émérite de Lomé trouve ces quarante ans (40 ans) de vie épiscopale comme une grande faveur et déclare : « Pour 40 ans d’épiscopat, je trouve cette faveur tellement grande que je voudrais en faire une célébration dans la plus grande simplicité. »

Que de merveilles durant la mission épiscopale de Mgr Philippe Fanoko KPODZRO

A en croire Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, son ordination épiscopale a donné occasion au premier conflit entre l’Eglise et l’Etat dans toute l’Afrique. Et pour dénouer ce conflit, confie-t-il, le Bienheureux Pape Paul VI a du faire don au gouvernement et au peuple togolais du projet de construction d’un grand hôpital, assorti des conditions suivantes : 1- le chef de l’Etat devait choisir la localité de l’implantation de cette institution sanitaire dans le diocèse d’Atakpamé. « C’est Datcha que le président Eyadema a choisi à cause de l’usine textile très prospère à l’époque », a confié Mgr KPODZRO. 2- Le nouvel Evêque devait poser la première pierre et ensuite, trouver la congrégation religieuse pour y travailler avec les agents de l’Etat. « Dans la fin de l’exil à Lomé le 21 janvier 1981, le nouvel Evêque se mit à chercher vainement cette congrégation. Partout, les instituts disaient que c’était impossible », a déclaré l’Archevêque émérite. Suivant les conseils de ses confrères Evêques, le nouvel Evêque a réussi à trouver la congrégation des Sœurs de Notre Dame de la Trinité. Avec les membres de cette congrégation, le nouvel Evêque travailla ardemment jusqu’à la naissance de l’hôpital qui en fait est perçue comme résolution pratique du conflit. Outre cette réalisation qui porte les marques de Mgr Phillipe Fanoko KPODZRO, il faut citer en autre la rénovation de la cathédrale Sainte famille d’Atakpamé, celle de cathédrale Notre Dame de Trinité située après Agbonou. « Qui suis-je moi pour que rentrer à Atakpamé après 4 ans et 8 mois d’exil à Lomé, le Seigneur m’est accordé la grâce de rénover d’abord la cathédrale Sainte famille d’Atakpamé qui avait été entreprise par Mgr Bernard Ogouki ATAKPA et laissée inachevée ? », se demande-t-il. « Qui suis-je pour quelques temps après, avec l’aide des amis de Feiburg en Allemagne j’ai pu édifier l’imposante cathédrale Notre Dame de Trinité située après Agbonou à l’entrée même de la ville épiscopale d’Atakpamé ? » martèle-t-il. La même prérogative poursuivit l’Archevêque émérite jusqu’à Lomé où il a réussi à rénover la cathédrale Sacré Cœur de Jésus en délabrement fort avancé et l’école professionnelle « Brotherhome ».

Que dire des grâces spirituelles ? Les grâces épiscopales avant tout. Dans son témoignage lors de la messe, Mgr KPODZRO a révélé que parmi les cinq (5) vicaires généraux qu’il a eus comme collaborateurs à Atakpamé et à Lomé, trois (3) d’entre eux sont devenus Evêques. Il cite entre autres : Mgr Pierre Koffi SESHIE, 1er Evêque de Kpalimé. Mgr Benoit ALOWONU, 2e Evêque de Kpalimé et Président de notre Conférence Episcopale du Togo (CET). Et Mgr Denis AMOUZOU-DJAKPA, l’Archevêque métropolitain de Lomé. « Bien plus, j’ai eu à ordonné comme premier consécrateur principal deux Evêques dans ma vie. Mgr Ambroise Kotemba DJOLIBA, Evêque de Sokodé qui est actuellement le 2e Evêque émérite du Togo. Lui-même me dit : Mgr KPODZRO, nous sommes les deux émérites normaux. Et Mgr Benoit ALOWONOU, 2e Evêque de Kpalimé….C’est des grâces très rares que le Seigneur m’a accordé dans ma vie », a-t-il souligné. L’Archevêque émérite de Lomé a également cité d’autres œuvres qui pour lui, sont des grâces spirituelles acquises en tant que co-consécrateurs ou second consécrateur ou 3e co-concécrateur. Entre autres l’ordination : Mgr Pierre Koffi SESHIE, Mgr Victor HUNAKE 1er Evêque d’Aného et Mgr Ernest ASSIH, 1er Evêque de Kara. « Tous les trois, de vénérée mémoire », s’est-il rappelé. Mgr KPODZRO a enfin ordonné en tant que 1er co-consécrateur Mgr Denis Komivi AMOUZOU-DJAKPA et Mgr Nicodème BARRIGAH, Evêque d’Atakpamé. « C’est des grâces très rares », s’est-il réjoui.

 

Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, serviteur de la Nation togolaise

A part sa brillante vie religieuse, Mgr Philippe Fanoko KPODZRO, Archevêque de Lomé, en digne fils togolais, a servi avec loyauté et patriotisme la Nation et le peuple togolais. Humblement et très discrètement, le prélat arrivait à joindre avec tact le spirituel à la politique. Ce qui lui valu son choix à la présidence des grandes assises nationales telles que : la présidence de la Conférence Nationale souveraine (CNS) et celle du Haut Conseil de la République (HCR), organe législatif de la transition qu’a connu le Togo après ces grandes assises. « Le Seigneur permit à l’Evêque dont l’épiscopat fut une césarienne, fut choisi pour la Conférence Nationale souveraine dans un Togo en effervescence démocratique. Les croix du Christ m’y attendaient », a-t-il indiqué. A en croire Mgr KPODZRO, ces assises nationales ont fini avec une fin heureuse. Abordant son passage, en tant que Président Haut Conseil de la République, Mgr KPODZRO, il a indiqué que cette étape fut plus ardue. « Les violences de toutes sortes ne les ont pas permis d’aboutir mais toutes fois, une bonne constitution approuvée par le chef de l’Etat et soumise à un référendum populaire très positif, a été le fruit du labeur du Haut Conseil de la République », a laissé entendre l’ancien président du HCR. Pour Mgr KPODZRO, le chiffre 40 est symbolique pour la Nation et le peuple togolais. « Dans la culture biblique, le chiffre 40 exprime une réalité symbolique divine…Le chiffre 40 symbolise la perfection de la préparation d’une personne et d’un peuple par le Seigneur », a déclaré Mgr KPODZRO. « Pour moi, la célébration de ces 40 ans de mon épiscopat, est comme le symbole de la formation satisfaisante par Dieu du peuple togolais dans sa marche au désert pour entrer finalement dans la terre promise », a-t-il laissé entendre.

Dans une dynamique de restitution de la vérité de l’histoire, l’Archevêque émérite de Lomé a fait des observations sur l’hymne nationale et le monument de l’indépendance. Ces deux choses qu’il a qualifiées de biens communs. Pour l’hymne nationale, Mgr KPODZRO a souhaité que la partie « Vainquons ou mourons dans la dignité» soit remplacée par « Vainquons ou vivons dans la dignité » car explique-t-il « Cette phrase, « vainquons ou mourons ». Elle a été écrite au moment où nous luttions contre l’ennemi, le colonisateur. Et beaucoup on versé de leur sang avec dignité. Mais, depuis que nous avons acquis l’indépendance, et que nous-mêmes, nos frères sont au pouvoir, je préfère que nous disions : « vainquons et vivons dans la dignité ». Voilà. (chant….). Le Togolais, frère togolais ne doit pas verser le sang d’un autre frère togolais. Terminé. Vainquons et vivons dans la dignité et construisons notre pays. Je préfère sensibiliser la base avant d’en parler aux autorités. »

Quant au monument de l’indépendance, Mgr KPODZRO a proposé qu’on n’allume plus le feu de l’indépendance dans le vase que porte la femme à côté de l’homme. Puisque, selon lui c’est le vase qui recueille l’eau de libation qui est un élément symbolique togolais. «Aujourd’hui donc, je restitue cela à la vérité et demande que les autorités s’en souviennent et prennent des dispositions pour que nous soyons fiers de notre monument national où l’homme lutte, la femme apaise et la victoire est proclamée par une main sur une scelle où brule le feu de l’indépendance et de la victoire. Amen ! », a-t-il souhaité.

Idelphonse Akpaki

 

   03 May 2016    by idelphonse Akpaki  |                 


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